20 mars 2011

L'ère de l'Accélération

D'après un article paru dans le magazine "Nouvelles Clés" de Octobre-novembre 2010 sur l'essai de Hartmut Rosa (sociologue, politicologue et philosophe)

par Isabelle Sorente

 

"Rêvez-vous parfois d'île déserte ou d'une retraite sur les toits du monde?

Vous arrive-t-il d'éprouver une étrange sensation de vide à la fin d'une journée bien remplie, de vous sentir floué plutôt que satisfait par vos obligations?

Votre ordinateur mettrait-il trop de temps à s'allumer? A s'éteindre? Votre boîte mail déborde au retour des vacances, êtes-vous flexible, mobile, adaptable, inadapté, envahi de culpabilité à l'idée de n'avoir pas choisi la bonne option, le bon partenaire, le bon fournisseur d'accès?

Comme un jongleur frénétique qui rêverait de lâcher-prise, mais rattrape malgré lui toutes les balles qui passent et qu'une main invisible continue de lui lancer. Rien ni personne n'échappe à l'accélération."

 

Hartmut Rosa distingue trois formes d'accélération:

_ accélération du rhytme de vie: les constatations sont qu'aujourd'hui un homme de 35 ans a déjà vécu 3 fois la vie de son grand-père. 3 amours, 3 jobs, 3 déménagements.

_ accélération technique: depuis le début du 20ème siècle, la vitesse de transfert des informations a été multipliée par 10 millions et la vitesse des moyens de transports, par 60.

_ accélération du changement social: les médias, jeux, lieux publics, journaux, mode, style culturel évoluent en moins d'une génération.

L'expérience d'hier devient si vite inutilisable que les jeunes apprennent entre eux, tandis que les aînés doivent en permanence se mettre à jour pour ne pas perdre pied.

"La condamnation à rester jeune est profondément inscrite dans les structures temporelles".

La promesse de l'accélération, censée nous procurer une vie plus confortable, est trompeuse: elle contraint l'individu à maintenir en permanence toutes les possibilités (sentimentales, culturelles, professionnelles) ouvertes, pour ne pas être dépassé. Dans un monde d'accélération, l'option zéro n'existe pas: on ne peut pas se permettre d'ajourner une décision.

Pour Hartmut Rosa, la dépression est la maladie de l'accélération.

"Ce sont finalement les activités considérées comme importantes et dignes d'efforts qui semble disparaître: il ne reste plus le temps pour les activités qui comptes "réellement". C'est désormais la puissance de l'échéance (deadline) qui détermine l'ordre de succession des activités, d'où le fait que, dans une situation où les ressources temporelles sont maigres, les objectifs non liés à des délais sont peu à peu perdus de vue, pour ainsi dire écrasés sous le poids de ce qu'il faut (d'abord) "régler"- et finissent par ne laisser que le vague sentiment que "l'on n'arrive plus rien à faire"."

 

Deux avenirs se dessinent: une catastrophe écologique ou l'effondrement de la société de l'accélération après une révolution de ses laissés-pour-compte.

 

 

Posté par coraleye à 12:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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